Technologies de la santé: Le Maroc leader et futur hub en Afrique

image

23 يونيو 2020

Auteurs: Kaouthar Lbiati - Tarik Daouda


DEUX milliards de dollars ont été levés par les 234 startups africaines en 2019. On a donc assisté à une véritable accélération verticale de la Tech africaine, dans toutes les étapes, de l’amorçage à la croissance. Mais l’accélération est aussi horizontale, et s’étend au-delà des trois champions traditionnels (le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud) avec la montée sur le podium de l’Egypte en 2019. En effet, 85% des fonds sont allés vers ces trois destinations (1,72 milliard de dollars) plus l’Egypte (211 millions de dollars).
Le tableau pour le Maroc est moins flamboyant. Car la dynamique de création de startup au Maroc reste encore faible comparée à d’autres géographies. Le financement total des entreprises marocaines actives dans la technologie digitale (tous secteurs confondus) sur toute l’année 2019 est de l’ordre de (7 millions vs 3,9 millions de dollars en 2017). Ce contraste s’explique par le manque de dispositifs d’accompagnement et de financement des startups, en particulier dans leur phase d’amorçage. Nous pensons qu’une des stratégies gagnantes serait de se concentrer sur les nouvelles technologies à forte croissance qui concernent des marchés moyennement exploités en Afrique et d’expérimenter avec de nouvelles méthodes pour répondre aux besoins sociaux non satisfaits comme ceux dans le domaine de la santé par exemple. Enfin, il faudrait particulièrement développer les secteurs où la croissance contribue directement à la création d’emplois.
Selon le rapport Partech 2020 (voir figure), le secteur des technologies de la santé a attiré en Afrique pendant l’année 2019 la coquette somme de 189 millions de dollars (ce qui représente une croissance de +969% par rapport à 2018) et équivaut à 9,3% de la somme totale allouée, tous secteurs confondus, aux startups opérant en Afrique. Par conséquent, on constate que le secteur des technologies de la santé est non seulement en pleine croissance mais il mobilise également des capitaux financiers importants. Pour que le Maroc soit le leader africain en technologie de la santé en 2025, il faudrait qu’il structure et consolide ses trois écosystèmes: technologique (recherche et développement), entrepreneurial et financier (marché du capital risque en particulier). Il est primordial de fédérer les trois écosystèmes d’innovation, renforcer leurs actions respectives et entretenir une forte synergie entre le monde universitaire (et celui des centres de recherche) et le monde entrepreneurial et d’user de différents mécanismes pour potentialiser l’accès de ces écosystèmes à celui de la finance.


 
les_principaux_fonds_verticaux_en_2019.jpg


Le Maroc alloue moins de 1% de son Produit intérieur brut à la recherche et développement. A titre comparatif, en 2017, l’Afrique du Sud et le Kenya viennent en tête de liste dans le continent avec un budget à 0,8% (données de la Banque mondiale). L’équivalent dans les pays de l’OCDE est en moyenne 2,4%. Dans le domaine biomédical en particulier, la recherche en traitement de données et intelligence artificielle est relativement peu coûteuse. De plus, la mise sur le marché de produits technologiques issus de ces recherches est relativement rapide. D’où l’importance de multiplier au sein des universités du Royaume les académies de technologies de l’information, de la communication et des sciences afin d’augmenter le pool de talents spécialisés dans ces technologies de pointe.
Les centres de recherche universitaires, particulièrement en innovation biomédicale, sont des environnements qui sont compatibles avec l’insertion d’incubateurs et accélérateurs. Ces derniers peuvent par ailleurs être privés ou publics. La principale mission des incubateurs est d’examiner les idées nouvelles des chercheurs-entrepreneurs afin d’en sélectionner les meilleures et d’aider à transformer celles-ci en projets porteurs de valeur pour la communauté. Les accélérateurs interviennent un peu plus tard dans le processus de développement et sont chargés d’aider des entreprises émergentes à accélérer leur croissance et à lever des fonds en vue d’une sortie «exit». Cette stratégie de partenariat public-privé requiert un accroissement du budget alloué à la recherche, et un changement de paradigme, au sein des universités et centres de recherche, avec la greffe de l’innovation et de l’entrepreneuriat dans le coeur de l’écosystème.
L’entrepreneuriat est reconnu comme vecteur efficient de l’innovation et du développement économique. En revanche, la pérennisation de l’écosystème entrepreneurial reste un défi majeur dans la plupart des pays en voie de développement. En effet, la vitalité de l’écosystème entrepreneurial repose sur des bases fondamentales; la simplification du parcours de l’entrepreneur, la mitigation des risques encourus par celui-ci et l’optimisation de la croissance des entreprises émergentes. Ces fondations reposent sur quatre piliers: Fiscalité, législation, finance, émulsion et mentorat. Concernant la fiscalité, il est primordial que les jeunes entreprises bénéficient d’un système de taxation simple, transparent et avantageux. Les entreprises émergentes devraient être soumises à un régime fiscal spécial à faibles charges salariales mais aussi à un taux de taxation sur les revenus qui soit à la fois réduit et fixe. En effet, un faible taux de taxation permettrait aux jeunes entreprises d’avoir une plus grande liberté dans la gestion de leurs capitaux. Un taux fixe augmenterait leur visibilité sur les dépenses et permettrait une meilleure planification budgétaire. Sur le plan légal, il est primordial de faciliter le processus de création des entreprises, et de minimiser les étapes et frais liés encourus. Bien qu’un système de taxation optimisé et transparent permette de limiter initialement le besoin en capital, il est néanmoins vital pour les entrepreneurs de pouvoir bénéficier de programmes d’investissement d’amorçage émanant du secteur public ou privé (banques ou sociétés de capital-risque). Enfin, il est important que les entrepreneurs bénéficient de systèmes d’accompagnement ainsi que de ressources partagées à moindres coûts (espaces de travail, serveurs de calculs, formations, accès aux services juridiques et de comptabilité financière...) 

Le succès de ces stratégies est intimement lié aux trois conditions suivantes: Le budget alloué à la recherche et développement, l’investissement en capital humain ainsi qu’à la performance de l’infrastructure numérique et du marché du capital-risque. Le Maroc devrait profiter de la dynamique du marché technologique africain et du plébiscite des capitaux-risqueurs du monde entier pour les solutions africaines afin de développer des solutions technologiques marocaines innovantes pour le marché national et international. Le Royaume devrait également capitaliser sur les traits linguistiques communes qu’il partage avec les pays du Moyen-Orient pour s’offrir de nouveaux marchés émergents pour ses futurs produits technologiques et pour attirer vers lui les investisseurs régionaux.



Le marché national du capital-risque

AU Maroc, les entrepreneurs évoluent dans un marché de capital risque qui est moins développé que celui en Afrique du Sud, en Afrique subsaharienne ou en Egypte. L’impact se manifeste par un allongement des délais pour obtenir le financement de leurs projets. Ce phénomène mène directement à «la vallée de la mort». La question est comment pallier ce phénomène morbide et réduire les délais d’accès au capital financier? Comment alimenter le vivier d’entreprises au stade d’amorçage? Le secret ne serait-il pas dans une stratégie de rentabilité forte pour ceux qui souhaitent accompagner et investir très tôt dans ces sociétés? Il faudrait tout d’abord créer un environnement propice à attirer du capital par le biais de la réglementation ou par des incitations fiscales à l’investissement en capital-risque. Les sources de financements privés pourraient être multiples, internationales mais aussi nationales. En effet, l’Etat devrait réorienter les capitaux nationaux disponibles (institutionnels et privés) vers les secteurs des biotechnologies et des technologies de la santé particulièrement celles basées sur l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle. Parallèlement, les autorités de tutelle devraient définir des seuils d’exonérations ou minimisations afin d’éviter aux investisseurs internationaux la double taxation dans une stratégie qui vise à attirer les capitaux étrangers vers le Maroc. L’intérêt de développer le marché du capital-risque réside dans le fait que celui-ci alimente la croissance économique et favorise la création d’emplois. On estime à un peu moins de 40% la part des nouveaux emplois créés ces quarante dernières années aux Etats-Unis par des entreprises adossées au capital-risque (Stanford, 2015). En Chine, où un marché du capital-risque se développe depuis une quinzaine d’années, on estime que les entreprises financées par les sociétés privées spécialisées dans ce type d’investissements ont créé dix millions de nouveaux emplois. Le capital-risque investi aux Etats-Unis, en 2018, est de 72 milliards de dollars pour plus de 5.000 opérations. En Chine, ce montant est de 71 milliards de dollars pour plus de 2.800 opérations et en Europe, 18 milliards de dollars ont été investis dans 2.500 opérations . Au-delà du nombre absolu de transactions conclues par année, les paramètres de succès se mesurent en pourcentage de transactions d’amorçage ou de séries « A » car c’est là où se trouve la plus grosse lacune à combler sur le marché en Afrique et au Maroc.

En 2019, l’investissement en Afrique au stade d’amorçage et séries A s’est néanmoins bien installe avec 206 transactions (+57% en année glissante) et un total de de dollars 620 millions (+116% en année glissante) selon le rapport Partech 2020. Le Maroc réussira-t-il à capturer une part de cette croissance?
Il existe plusieurs raisons qui permettent de laisser penser que l’impact du capital-risque y sera significatif y compris la croissance en financement technologique affichée par les entreprises marocaines entre 2017 et 2019 (7 millions vs 3.9 millions de dollars en 2017). En somme, Hubs technologiques, fonds d’amorçage, Business Angels et accélérateurs resteront les vecteurs incontournables d’une telle transformation du modèle économique à l’horizon 2025.